La dernière fois que nous nous sommes aimés j’aurais dû comprendre que son corps en silence presque en s’excusant faisait ses adieux au mien. J’aurais dû sentir à sa manière de frôler ma peau qu’elle y imprimait quelques joies, certains regrets et d’autres non-dits. Peut-être même aurais-je dû la laisser pleurer. Et plus tard en changeant les draps qui conservaient l’essence de ses « je t’aimais », m’emparer du téléphone et lui apprendre à conjuguer les verbes d’amour au futur.
Mais, je suis resté là mué dans une mélancolie qui ne me ressemblait guère, comme un vieux bonhomme assis sur son putain de banc, incapable de me souvenir de ce que j’avais pu lire entre ses grains de beauté, me rappeler l’histoire que m’avait racontée à chaque veille de noël, l’infime cicatrice sur son épaule droite… et j’aurais dû devenir amnésique comme une thérapie contre ce même fameux mal de mer. Ne plus savoir pourquoi mes mains indociles voulaient sans cesse danser le lac des cygnes, parcourir son ombre, ses ondulations comme l’on part sans bagage faire le tour du monde… peut-être pour grandir, parfois pour fuir.
Pourquoi à la minute où Elle est rentrée dans ma vie, je n’ai plus jamais su regarder un tableau sans y reconnaître la teinte de ses pommettes, sans songer qu’elle avait dû s’y réfugier l’espace d’un chagrin ou d’une hésitation.
Mille bateaux sont partis, me laissant au quai… elle a tiré le rideau, à sa façon; très digne, sûrement trop. Théâtrale comme toujours… et moi, seul, face aux précipices je n’ai plus eu le courage d’embarquer à la découverte de pays qui auraient ressemblé à une quelconque réalité.
Devrais-je regretter de me sentir analphabète, usé de lui avoir confié ma poésie, mes chimères?
Et tout en vous écrivant, je redoute que vous en fassiez votre héroïne, elle détesterait cela, Elle qui changeait de costume comme l’on change d’humeur afin d’éviter les dérives du caractère, les qualités qui font sourire, et les défauts que l’on pardonne parce que l’on aime.
